Les Communautés juives et l’Alyah

12 questions que tous les juifs de France doivent se poser en pensant à l’Alyah

écrit par al
banniere-tnt-web-boosting

Mon histoire n’est pas extraordinaire. Elle est sûrement une des plus ordinaires d’ailleurs. Mais elle est un témoignage de toutes ces questions que beaucoup de jeunes juifs de France se posent lorsqu’ils arrivent à cette maturité nécessaire pour s’interroger. J’en ai sélectionné 12, arbitrairement ( et par manque de place ), parmi les milliers qui se bousculent dans ma tête. Par contre, je n’ai pas toujours les réponses…

1. Juif séfarade tunisien traditionnaliste, la norme ?

Je suis le petit dernier d’une famille séfarade, tunisienne, de trois enfants, de région parisienne. Notre rapport à la religion a toujours été, je suppose, le même que beaucoup de juifs de France pratiquants.

J’ai été éduqué en école juive et j’ai grandi au rythme des fêtes juives et de la Torah. A la maison, nous mangeons strictement cacher, et respectons le chabat et les fêtes également.

2. Juif dedans, laïc dehors ?

Mais hors de ce cocon familial, le rapport avec le judaïsme a toujours été radicalement différent. Dans la rue, ou face à mes camarades de classe non-juifs, en études supérieures, mon identité juive a toujours disparue derrière cet anonymat, forcé par le climat social. Ce même climat social qui a amené le pays où je vis à crier dans la rue « Juif, la France n’est pas à toi ».

Alors oui, je suis juif, et finalement à quoi bon le montrer ?  Je ne mets pas ma kippa dans la rue et je range mes Tsitsit. Et même si rien ne m’interdit de le faire, rien ne me donne envie de le faire. Ou plutôt, tout m’en empêche. D’accord, ça fait un peu mal, mais D.ieu merci, la mode juive des années 2000 a proposé de mettre un fil rouge autour de nos poignets… Alors ce fil rouge, il sera ma kippa de substitution. Mon repère lorsque je serai en manque de repère. Mon identité lorsque je serai en besoin de savoir qui je suis.

Mais pour le reste, taisons-nous. C’est dangereux d’être juif.

3. Etre juif, une névrose ?

En réalité, j’ai toujours pensé que le fait d’en parler serait une véritable psychothérapie «Woody Allénienne». Guérir de cette névrose judaïque et cette obsession du juif qui n’est à sa place nulle part. Je n’aime pas appeler ça comme ça, mais je m’y sens obligé. Enfin quoi ! Je suis juif, je ne suis pas malade ! Enfin je crois…

SIL_8012

4. Peuple élu, fierté ou insulte ?

Je crois, parce que mon éducation juive est aussi passée par des cours « d’Histoire Juive ». Ces cours où dès le plus jeune âge, on nous apprend   que «le juif est un mal indispensable», que nous faisons partie d’un peuple «à part», «différent des autres peuples», «qui doit se démarquer des autres»  ou tout simplement «Elu».

«Elu»: ce terme qui fait office d’insulte sur les réseaux sociaux lorsque je dis que je suis juif et que je prends naturellement parti pour un pays auquel je suis lié que je le veuille ou non: Israël.

5. Juif donc sioniste ?

D’ailleurs à ce sujet soyons clair, pour moi, la condition juive est indissociable de l’Etat d’Israël. Je pars du principe que je suis juif DONC sioniste. En ce qui concerne ma famille, elle a toujours été je dirai, « quasi sioniste ». C’est à dire qu’on est attaché à ce pays plus qu’à n’importe quel autre, qu’on y admire ses pionniers et ses combattants, qu’on s’informe de ce qui s’y passe presque H24, mais que faire le grand saut, et recommencer tout à zéro, c’est pas si évident….

6. Le juif 2.0, cible des réseaux sociaux ?

Mais revenons à ces réseaux sociaux. Car, le web est paradoxalement un monde où un jeune juif n’a pas peur de dire qui il est. Il risque de se faire insulter bien sûr, mais ça fait toujours moins mal que de se faire agresser. Ou pire.

#UnBonJuif vs Israel haters

Mais c’est sur ce même web que j’ai commencé ma thérapie. Lorsque certains de mes amis ont arrêté d’utiliser les réseaux sociaux parce qu’ils n’en pouvaient plus d’aller sur Twitter et d’y voir que « #UnBonJuif est un juif mort », j’ai décidé que ce serait CA, qui me donnerait envie d’être juif et pas seulement chez moi.

7. Répondre aux anti (sémites, sionistes…) une perte de temps ?

J’ai donc commencé à répondre à tous les provocateurs de Facebook, Twitter, Youtube et des autres sites d’info qui crachaient leur haine du juif et d’Israël, à force de vidéos, de textes de lois, d’arguments logiques et de patience..… Une sacrée perte de temps me direz-vous. Et je pense aussi que ça l’est. Mais ce n’est pas pour essayer de changer le monde que je faisais ça, et que je continue à le faire. C’est uniquement pour moi. Et quand j’en parle avec des gens qui font de même, ils me répondent tous la même chose: « Ça change rien de le faire. Mais on ne peut pas les laisser parler et se taire ».

C’est exactement ça. Ne pas se taire. Crier qui je suis, et crier ma légitimité d’être juif et d’avoir le droit, comme n’importe qui, d’avoir la paix. Une paix royale ! Alors comme Pagani, j’entre et je gueule ! J’entre dans mes comptes Facebook, Twitter et Youtube pour me faire ma place de Juif Français, de France et en France !

8. Quelle place pour le juif dans le monde ?

Et cette thérapie à fini par porter ses fruits inattendus. Non, elle n’a pas changé le monde, ni les quelques antisémites que j’ai croisé sur la Toile, même si j’ai presque réussi à en convaincre certains. Mais elle a eu pour effet de m’amener à me poser de nouvelles questions sur ma place de Juif dans le monde.

Je me suis battu pour que les gens nous laissent en paix. Mais sommes-nous au même niveau que les autres peuples ? Est-ce une demande légitime ou un délire de penser que nous pouvons être aussi transparents que les Suisses ? J’ai fini par comprendre que la réponse n’est pas fixe. Oui nous pouvons avoir la paix. Mais des sacrifices sont encore à faire aujourd’hui.

9. Le contexte français : kippa or not kippa ?

Aujourd’hui je continue d’enlever ma kippa dans la rue. Non parce qu’elle «dangereuse», mais parce que je ne me sens plus à ma place en France. Et la France de ces 15 dernières années m’avait-elle vraiment laissé ma place ? J’ai connu Yohann Cohen, je l’ai croisé dans les couloirs du Lycée ou j’ai étudié, j’ai échangé quelques phrases avec lui et aussi beaucoup de vannes. Si nous n’avions pas les mêmes amis, nous avions beaucoup de choses en commun. Et une pas des moindres. Celle d’être un jeune juif en France.

10. Humour (juif), je précise ?

Je suis lassé d’être une cible privilégiée de tous les dérangés de ce monde. Lassé d’être une curiosité pour les quelques incultes qui me regardent avec de grands yeux. Lassé d’entendre des vannes douteuses sur les juifs et d’avoir à les accepter parce que « c’est de l’humour »  Lassé d’avoir à justifier les actions de l’Etat d’Israël alors qu’elles me paraissent justes et pondérées !

11. La tentation de l’Alyah ?

Alors j’ai fait un choix. Aujourd’hui mon regard se tourne justement vers Israël. Le seul pays ou un juif n’aura pas à justifier de qui il est. Ce n’est pas une fuite. Evidemment que non. Fuir dans un pays où on ne connait pas la langue (l’hébreu)  et où l’on sera seul sans famille, à partager ses galères avec de parfait inconnus, ce n’est pas une fuite, c’est du suicide !

SIL_9990

12. Monter en Israël, un choix rationnel ?

Mon choix pour Israël c’est une suite logique. La décision finale d’une réflexion personnelle. Où puis-je être jeune, juif, pratiquant et épanoui en tant que tel, si ce n’est Israël ? Ce pays est une promesse d’il y a 3000 ans. Un cadeau que mes ancêtres ont reçu et qu’ils m’ont légué avec la charge d’en prendre soin. Si nous avons été privés de ce cadeau durant des décennies, il est de notre devoir de le récupérer aujourd’hui. On n’abandonne pas un cadeau. On le chérit.

J’aurai sûrement des galères. Je pleurerai sûrement d’être loin de ma zone de « presque confort » en France. Mais pour une fois je serais propriétaire  de mon propre héritage. Et non un mal indispensable. Fini la névrose. Je serai à la maison.

Raphael Souied

En tant que juifs de France, vous avez d’autres questions ? Ou d’autres réponses ?
Faites nous en profiter dans les commentaires !

 

publicité-alyah

5 Commentaires

  • Je te comprends, pourtant moi qui suis en Israël depuis 12 ans, c’est loin d’être facile.
    Se senir chez soi: un leurre bien, en France tu te sens juif, ici tu te sentira français, j’irai même jusqu’à dire que meme tes antisemites te manqueront car ceux d’ici te glacent le sang.
    J’ai vu des centaines de familles repartir et beaucoup n’avoir pas le courage de le faire, j’ai vu des caissières de supermarché et des femmes de ménage que j’ai connu en France ingénieur ou pharmacienne.
    Je te dit pas de pas venir mais l’antisemitisme n’est pas une raison suffisante.
    Si tu veux on peux en discuter
    J

    • Je suis d’accord avec toi Esther. La Terre Promise est parfois très vache avec nos espoirs. Mais à mon âge (24 ans) je me dis que c’est peut-être la meilleure des solutions. Je n’ai rien construit de si important en France. Et puis comme je le dis dans mon article, c’est pas qu’une histoire d’antisémitisme. Finalement ce n’est que la forme du problème. Je pense que le vrai souci c’est comment trouver sa place. Un juif, même s’il sait s’adapter, ne peut pas « trainer » (selon moi) ailleurs dans un autre pays. C’est pourquoi je précise que Israel est une promesse et un cadeau à chérir.
      Les antisémites sont pires ici. Mais il y a en Israel cette légitimité, qu’il n’y a pas en France.

  • Plusieurs remarques:
    Peuple juif = peuple elu : erreur de traduction. « am segoulahסגולה עם  » ne se traduit pas par peuple elu -segoula vient du radical « mesougal מסוגל » ב » ca veut dire capable . Le peuple d’Israel est capable de s’adapter aux evolutions du monde ,c’est le secret de sa force .
    2-la ‘aliya est d’abord la recherche du HEROUT (חרות) c.a.d. sa liberte de vivre son identite en juif, sans risquer la desapprobation des tiers, parmi les siens et en participant activement a la defense des siens et a la construction d’un avenir commun pour tous ceux qui viendront dans notre pays.

    • Oui Ezra, tu as raison. Mais je me suis mis, dans mon article, volontairement au niveau des personnes auxquelles je parlait, pour que ce soit plus simple. Même si effectivement c’est mal traduit. Mais les débiles d’internet ne comprendront pas la nuance entre « capable » et « élu ».

      Oui évidemment la Alyah c’est avant tout l’élever spirituellement et pouvoir faire son Judaisme de la meilleure façon. Et quant à la Judéïté (ou identité juive), c’est justement de ça que je parle. C’est retrouver cette légitimité d’être juif dans le monde. Ce que j’explique dans mon article, ce n’est pas que « manque de bol y’a des antisémites, faut s’en aller », mais que malheureusement, ces antisémites sont presque plus légitimes que les juifs de France. Vivre à coté d’antisémites n’est pas un problème en soi. Israel vit à coté d’antisémites et si c’est dur, ce n’est pas impossible.
      Mais question était surtout « est ce qu’il n’y a pas un autre lieu dans le monde où être juif n’est pas un problème social » ? Et à mon âge où je découvre encore la vie, je rencontre des gens et parle avec eux, c’est parfois déroutant de se dire « Bon ben je suis complètement à part ». Et maintenant que je suis en Israel je suis content de pouvoir me dire « Je suis à ma place », parce que je ne dérange personne.

    • Quant à la « participation active » à la construction du pays. Je n’en parle même pas, elle me parait évidente. Pour ma part, même si ma santé m’en dispense, après mon Massa, je pense à me porter volontaire à Tsahal. Et pour la construction d’un avenir commun, je pourrais m’en satisfaire le jour où je paierai mes impôts en Israël !

Votre commentaire

Pin It on Pinterest

Share This
Inscrivez vous à la Newsletter
Inscrivez vous à la Newsletter Alyah.fr et tenez vous au courant de l'actu de l'alyah
Votre inscription à bien été enregistrée.
Respect de la vie privée
Don't miss out. Subscribe today.
×
×
// Tracke les liens sortants