Témoignages

EN DIRECT – Margault : « je ne quitterai Sdérot pour rien au monde »

écrit par Thierry Tordjman

Margault a fait son Alyah de France il y a 13 ans. Issue de région parisienne, cette héroïne des temps modernes a choisi de s’installer à Sdérot, à la frontière sud d’Israël. Elle nous raconte cette ville qu’elle aime tant et les événements marquants de ces dernières 24 heures. Un témoignage d’Alyah aussi poignant qu’exemplaire.

Quand avez vous fait l’alyah de France ?

J’ai fait mon Alyah en 2004. Je suis montée en Israël seule, à l’age de 16 ans dans le cadre du programme Naale, au kiboutz Sde Eliahou pour passer mon bac.

Dans quel contexte ?

Suite au décès de ma mère, lorsque j’avais 6 ans, mon père m’a élevé seul, en région parisienne. J’allais à l’école laïque et nous avons senti la situation se dégrader en France. C’était de plus en plus difficile d’être juif en France. Quand je portais une Maguen david, un Hai, je sentait les regards, l’animosité. Nous habitions porte des lilas et j’étudais en Internet, à l’OPEJ de Rueil Malmaison

Je suis montée à l’age de 16 ans . Mon père m’a rejoint quelques années après.

Comment passe-t-on de région parisienne à Sderot ?

En arrivant, j’ai passé mon bac israélien au kibboutz Sde Eliahou.

Venant de l’internat en France, j’avais l’habitude de vivre seule. Cela m’a avantagé. Mais je n’avais pas de niveau en hébreu ; je ne savais ni lire ni écrire, ni parler. J’ai donc commencé de zéro.
Au programme Naalé, La 1ere année est consacrée à l’oulpan puis on est intégré dans les classes israéliennes à partir de la 2e année. J’ai tellement bien réussi que j’y ai reçu un prix d’excellence, alors que mon niveau scolaire en France n’était vraiment pas terrible.

Après avoir décroché mon bac, j’ai fait l’armée, en tant que Madriha à SAREL. Je m’occupais des volontaires français. Ils travaillaient dans différentes bases de Tsahal en Israël. Et je leur préparais des activités sur Israël. J’ai adoré cette expérience. J’essayais de leur montrer l’exemple, de leur donner une bonne image d’Israël. Beaucoup ont d’ailleurs fait l’alyah suite à cette expérience et se sont même engagés à Tsahal. Ce job m’a énormément apporté.

Après l’armée, j’ai suivi 5 ans études pour devenir prof en maternelle.

Je me suis mariée – avec un israélien – et nous avons eu un enfant. Nous cherchions à nous installer dans le sud d’Israël, proche de mon père qui vit à Ashdod. Nous sommes allés à Sdérot

Quels sont les avantages pour un Olé Hadach d’habiter à Sdérot ?

Je n’étais pas religieuse avant. Mais, avec le mariage, la maternité, je me suis rapprochée du judaïsme. A Sdérot, il y a de nombreuses Yechivot « Garin Torani », des « noyaux de personnes religieuses qui souhaitent s’épanouir dans la Torah en collectivité. De bonnes communautés, solidaires, respectueuses des valeurs du judaïsme. Un bonne chose pour l’avenir de nos enfants.

Et puis, à Sdérot, les prix de l’immobilier étaient abordables. Nous avons acheté une maison il y a 8 ans pour 380 000 NIS. Cela a joué dans notre décision.

La situation a-t-elle toujours été aussi agitée à Sdérot ?

A l’époque, avant de m’y installer, j’avais assez peur. Puis, en vivant la bas, je me suis rendue compte que c’était finalement assez calme, surtout depuis quelques années. De temps en temps, tous les 6 mois, il y avait des alertes rouges. Mais pas comme cette nuit !

J’ai vraiment ressenti la guerre pour la 1ere fois pendant Tsouk Eitan, l’opération « Bordure Protectrice ». J’étudiais à l’époque à l’école d’Ashkélon et travaillais à l’IKEA de Rishon LeZion. Pour couronner le tout, j’étais enceinte !
Depuis Tsouk Eitan, nous avons eu une grande période de calme. Mais les problèmes sont revenus.

Comment avez vous vécu les pluies de roquettes de cette nuit ?

On sent que guerre est proche.

Depuis l’épisode des cerfs volants, je suis encore sous le choc. Je me répète constamment : « Qu’est ce qu’ils peuvent encore inventer ! »

On ressent qu’on est des citoyens israéliens de 2e catégorie. De nombreux événements se passent dans le sud d’Israël mais l’état ne fait pas assez pour arrêter cela. Ils pensent peut être que l’on peut s’habituer.

Mais ce qui s’est passé hier …J’étais très énervée. Les roquettes sont tombées dans mon ancien quartier, sur les voitures de mes amies. On aurait dit que le dôme de fer ne marchait pas !

Beaucoup de roquettes sont tombées. Et ont fait énormément de dégâts. D’habitude,le rythme c’est une roquette, une alerte, une mise à l’abri de quelques secondes et le quotidien reprend. Hier, c’est une quantité énorme de roquettes qui s’est abattue sur la ville et les environs. Vous ne pouvez pas imaginer combien de sirènes, d’alertes, de roquettes. La maison a tremblé… C’était une ambiance de guerre alors que ce n’est officiellement pas la guerre.

Pour tout vous dire, on est parti ce matin à Netanya pour y rejoindre de la famille en vacances. Il n’y avait plus de train jusqu’à Ashkelon. Aucun moyen de transport. On se sentait abandonné. J’ai pris le taxi jusqu’à Ashkelon, puis le train pour Netanya. Une fois dans le train, en sécurité, j’ai soufflé.

A Netanya, J’ai eu l’impression d’arriver dans un autre monde. En paix. Une sensation très bizarre, à la fois rassurante et injuste. On est des citoyens d’Israël comme les autres. Ce n’est pas juste de ne pas pouvoir aspirer à une vie paisible.

Est ce que cela ébranle votre résolution d’habiter la bas ?

Je ne partirai pour rien au monde de Sdérot. Mes amis, les membres de ma communauté et moi sommes très unis. La population entière y est unie. Ici ressent véritablement l’unité du Am Israël

Pour vous donner un exemple : A Ashdod, on a du s ‘abriter sous les sièges pendant les alertes. J’étais stressée ; sans voiture, je ne pouvais pas regagner Sdérot. On m’a proposé de venir me chercher en voiture. Il y a une solidarité comme nulle part ailleurs en Israël. C’est vraiment une ville spéciale dans laquelle les gens donnent sans rien vouloir en retour

Et puis, on ne veut pas laisser le Hamas décider de notre avenir. On veut être comme tous les citoyens israéliens : vivre en sécurité, au calme sur le territoire d’Israël.

J’aimerais bien qu’on trouve rapidement une solution durable. Que tout cela s’arrête.
Je ne parle pas uniquement de réagir aux attaques de roquettes en provenance de Gaza. Mais d’une solution sur le long terme. Je rêverais que l’intervention de l’armée de l’air suffise pour régler le problème. Que les soldats n’aient pas besoin d’entrer dans Gaza…

Cela dit, même s’il n’y a pas de solution. Je ne partirai pas. Je ne quitterai pas mes copines, mon travail, ma communauté… Même si les seuls mots que connaît mon fils en hébreu sont « Boum » et « Tseva Adom »

Etes vous confiante sur sur la capacité d’Israël à gérer la situation dans le sud ?

Il y a 1 mois, j’étais confiante. Je suis optimiste et forte d’habitude.
Aujourd’hui, je le suis beaucoup moins. J’ai l’impression que le monde extérieur nous influence. Qu’Israël et son armée peuvent faire plus mais qu’ils se retiennent à cause de l’opinion internationale.
Je suis triste car ils ne savent pas ce qu’on ressent. On a la meilleure armée du monde mais on se retient d’agir.

Après les cerfs volants, il n’y a eu quasiment aucune réaction de l’état. Sur la route d’Ashkelon jusqu’à Sderot tout est noir, carbonisé. Les champs sont totalement brûles. Et les cerfs volants continuent à arriver chaque jour, par centaines…

Y-a-t-il beaucoup d’Olim de France à Sdérot ?

Il y a des programmes d’Alyah à proximité. Mais en définitive, peu de familles d’olim habitent à Sdérot.
C’est dommage car la ville possède de nombreux atouts. Outre la solidarité des habitants, la ville s’est considérablement développée ces dernières années. Grâce notamment au « Dôme de fer ». Des immeubles neufs, des quartiers entiers ont surgi du sol. De nombreuses familles israéliennes s’y sont installées, de nombreux investisseurs s’y sont implantés. La ville devient très belle. A tel point qu’on avait oublié les roquettes.

Cela dit, n’oublions pas que les roquettes touchent tout le sud d’Israël : Ashdod, Ashkélon … et pas seulement Sdérot ! Il s’agit un problème global.

Y-a-t-il des associations d’aides aux citoyens de Sderot ?

La municipalité de Sdérot nous soutient au quotidien.

Il y a un centre d’aide et de soutien : le Merkaz Hossen : qui accompagne les personnes traumatisées par les roquettes. Ouvert 24h/ 24h, il met à disposition de la population des psychologues à l’écoute ainsi que différentes ateliers thérapeutiques pour surmonter sa peur : hydrothérapie, zoothérapie…

Vous pouvez les aider, ainsi que d’autres associations.

Mais ne vous inquiétez pas :
On est là
On ne lâche rien.
Je n’ai pas peur.

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