Politique

L’eau comme enjeu de paix et de développement en Israël

écrit par Daniel Benfredj

Tous les deux ans à Tel-Aviv se tient le Forum International des technologies pour l’exploitation et la préservation des ressources en eau, le WATEC. C’est l’occasion pour Israël de faire connaitre ses avancées technologiques, en matière d’eau et dans le domaine des énergies renouvelables.

Ces rencontres internationales qui se sont déroulées du 12 au 14 septembre 2017 représentent une opportunité pour favoriser le dialogue et la coopération dans un domaine des plus sensibles de la société israélienne, au cœur de problématiques déterminantes pour la politique nationale en matière d’eau et d’hydro-diplomatie pour la recherche de la paix.

En effet les conflits et tensions autour de l’eau ont toujours existé depuis des temps immémoriaux au Moyen Orient en général et en Israël particulièrement. Cette acuité des tensions autour de l’eau a conduit le forum de Davos de janvier 2016, à considérer que les crises de l’eau associées aux événements climatiques extrêmes représenteraient des menaces de déstabilisation de l’économie mondiale.

En Israël la situation est alarmante, en effet le pays qui connait sa quatrième année de sécheresse est confrontée à une pénurie d’eau où le lac de Tibériade, principal réservoir d’eau douce de la région, est à son niveau le plus bas et contraint les autorités de l’eau à cesser tous les prélèvements d’eau.

Face à cette situation alarmante de pénurie on peut s’interroger sur les réponses que sont en mesure d’apporter les acteurs de l’eau en Israël pour éviter les tensions régionales, maintenir le développement du pays et assurer la paix.

I. La géographie d’Israël marquée par l’irrégularité des ressources en eau.

Israël est un pays de la Méditerranée orientale aux marges du désert.

Source : Atlas Universitaire Braver

Le climat méditerranéen se développe sur une frange le long de la bande côtière, dans le nord du pays en Galilée et sur une partie de la Judée Samarie ou Cisjordanie. Mais au fur et à mesure que l’on pénètre dans le pays, en allant vers l’est et le sud, le climat change et devient semi-aride puis désertique dans le Néguev et la partie méridionale de la vallée du Jourdain.

Les espaces climatiques d’Israël sont donc marquées par la faiblesse des précipitations. Elles sont abondantes dépassant les 600mm/an se situent au nord en Galilée, dans la zone des montagnes de Judée Samarie et sur une partie septentrionale de la plaine côtière. Elles diminuent vers le sud et l’est atteignant 200mm/an voire moins.

De plus, elles sont concentrées sur quelques mois d’hiver, le pays connait en moyenne cinquante jours de précipitations par an. Par ailleurs les précipitations sont irrégulières et incertaines avec des variations annuelles et interannuelles élevées expliquant la fréquence des mois d’octobre, novembre ou décembre sans précipitations et les années sèches. On a constaté ces dernières décennies qu’avec le dérèglement climatique, la région avait perdu 30% de précipitations annuelles. Ainsi, l’insuffisance des précipitations, en quantité et en durée au cours de l’année et sur le long terme, rend compte des périodes répétitives de sécheresse comme en 1992, en 2001, 2007 et aujourd’hui.

Ce déficit pluviométrique, avec des précipitations inférieures à la moyenne durant une ou plusieurs années consécutives, est à l’origine de nombreux problèmes : insuffisance des réserves en eau et amoindrissement des régimes hydrologiques essentiellement qui rendent compte d’une sécheresse hydrologique et de ses conséquences sur les activités humaines.

Le thème de l’eau est donc une problématique centrale pour Israël dont la population dépasse les 7 millions d’habitants et qui doit assurer la consommation en eau des hommes et des activités économiques et les israéliens sont confrontés au stress hydrique car la disponibilité en eau par habitant est inférieure à 500 m3/an/hab.

II. La politique volontariste d’Israël de gestion de la ressource en eau

Dès la fin des années 1950 Israël entreprend une politique hydraulique volontariste pour éviter que l’eau ne devienne un goulot d’étranglement de l’activité humaine et économique.

Un ensemble de solutions ingénieuses ont été élaborées qui reposent essentiellement sur la collecte des eaux de surface, celles des nappes souterraines et le développement d’un réseau original d’alimentation et de distribution de l’eau, et de pompage de la ressource.

C’est dans un premier temps, un projet global de gestion de l’eau, la National Water Carrier, canal aérien et souterrain achevé en 1964. C’est à partir du lac de Tibériade, le principal réservoir d’eau douce que l’eau est pompée de -210m à + 50m et acheminée sur plus de 130 km vers le Yarkon près de Tel Aviv puis dans le Néguev jusqu’à Mitzpe Ramon. L’ensemble des projets locaux d’adduction d’eau comme le Shafdan dans la région de Tel Aviv, sont tous raccordés au canal national. C’est dire l’importance et l’enjeu hydraulique vital que représente ce canal pour le territoire israélien et son aménagement car il a permis le développement d’une agriculture à haute valeur ajoutée et de faire reverdir le désert selon l’adage biblique.

La NWV, conduite nationale d’après Nurit, 1994.

Mais depuis deux décennies et la succession des années de sécheresse le lac de Tibériade connait un de ses niveaux les plus bas, il se trouvait au début du mois d’octobre à – 214,13 mètres sous le niveau de la mer, soit 1,1 mètre sous le seuil extrême au-delà duquel il est impossible de pomper la moindre goutte d’eau. Déjà, en 2001, on avait enregistré un niveau encore plus bas, à – 214,87, – 215 mètres sous le niveau de la mer, ce qui avait alors été baptisé la « ligne noire » du lac.

Les spécialistes, comme Uri Schor de l’Autorité Israélienne de l’eau, s’inquiètent à bon droit de la faiblesse des précipitations dans le nord du pays qui connait une de ses pires sécheresses depuis 100 ans. Les conséquences sont dramatiques, pour les affluents du Jourdain et du lac de Tibériade dont l’assèchement entrainerait selon Uri Schor, un déficit de plus de deux milliards de m3 d’eau des réserves du pays.

Dans ces conditions difficiles où l’eau est une ressource rare et précieuse pour Israël comment est-il possible de mieux la gérer aujourd’hui, d’aménager le territoire en tenant compte des objectifs de développement durable d’Israël et pour le maintien de la paix dans un environnement géopolitique instable et souvent conflictuel ?

Pour pallier à ses difficultés un ensemble de techniques sophistiquées liées au développement de la haute technologie permettent de compenser la rareté de la ressource.

Nous les examinerons dans le prochain volet de cette étude.

Daniel Benfredj

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