Cinéma et Séries israéliennes

Judith Mergui : « Quitter le pays de Molière pour faire du Théâtre dans le désert »

écrit par Thierry Tordjman
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Quand on vous dit « Judith Mergui », si vous parlez hébreu, vous pensez tout de suite à la comédienne révélée en Israël dans la série Zaguri Imperia. Si la langue de Moïse vous est encore étrangère, vous visualisez forcément comédienne déjantée du One Woman Show INCH ALYAH. Ce que vous ne savez peut être pas, c’est que Judith Mergui est une pro de l’Alyah. Elle nous livre en exclusivité, son parcours d’Alyah en tant que comédienne, ainsi que ses meilleurs conseils, assaisonnés d’une bonne dose d’humour. Forcément.

  1. Judith Mergui, quel a été ton parcours avant l’alyah ?

J’ai grandi à Paris. Etant décidée à devenir comédienne, j’ai suivi la formation de Théâtre des cours Florent,- grande renommée – pendant 3 ans. Une fois mon diplôme en poche, je me suis mise dans l’idée d’intégrer le conservatoire… en Israël. J’ai donc « fait mon Alyah ».

Les raisons de ma venue en Israël ?

Tout d’abord, j’ai été élevée dans sionisme familial marqué.

Et puis, vers l’âge de 17, 18 ans, j’ai eu  de plus en plus mal à évoluer France. J’ai ressenti un fort malaise social et économique. Le pays me paraissait frileux, manquait d’énergie. J’ai rapidement eu des envies de départ vers des contrées plus dynamiques, aux antipodes de la  frilosité ambiante.

Et puis, il ne faut pas oublier que je suis de la  « génération » Ilan Halimi, que j’ai vécu de près les conséquences de la 2e intifada en France. J’ai été très touchée par l’antisémitisme en France. Un antisémitisme parfois latent, en fonction des milieux, mais toujours présent.

Un beau jour, j’ai décidé de passer à passage à l’acte et je suis venue en Israël

  1. Comment es-tu venue à la comédie ?

J’ai cette envie de jouer la comédie depuis … ma naissance à peu près Je voulais devenir médecin ou comédienne. Mais je me suis rapidement orientée vers la comédie. Dès l’âge de 15 ans, en 3e , j’ai pris l’option « Art études ».

Quand on leur pose la question sur mon parcours, mes parents répondent invariablement «  si seulement on avait eu notre mot à dire » ! Plus sérieusement, ma mère m’a soutenue dès le départ. Et puis ils se sont vite aperçus que mes projets étaient construits, structurés. J’étais très déterminée, et en plus, je ne rencontrais pas d’échec scolaire. Ils m’ont donc encouragé dans cette voie.

  1. Quand as-tu pris la décision de faire l’Alyah ?

Dans la nuit de mes 19 ans. Je crois que l’épisode « Ilan Halimi » a été la goutte de trop. Le vase menaçait de déborder depuis longtemps. Le lendemain, j’ai pris mes rendez-vous à l’agence juive.

  1. Comment as tu préparé ton projet d’Alyah ?

Toute mon alyah était planifiée dans ma tête. Mais malgré ma belle préparation, ça a été plutôt « roots » sur le terrain.

Mon projet le plus clair consistait à passer le concours national d’art dramatique en hébreu. J’ai donc choisi d’apprendre l’hébreu dans le meilleur oulpan qui soit, l’oulpan Etsion de Jérusalem. Le matin, je suivais les cours à l’Oulpan et tous les après-midi, je venais étudier pour le concours à la bibliothèque de Tel Aviv.

Pour préparer le concours, mon seul repère était le programme des concours, que je n’étais pas encore capable de lire, et encore moins de comprendre.

Une petite anecdote à ce sujet : pour préparer l’oral de dramaturgie classique, pour me repérer sur le bouquin d’Hamlett en hébreu, je le comparais sans cesse avec le bouquin en français

En gros, je me suis présentée aux concours avec un niveau d’hébreu aleph / bet . Un niveau assez basique. On peut même dire que j’ai passé mes concours « en phonétique ». En apprenant les textes par cœur, sans en capter le sens profond.

J’ai finalement intégré le conservatoire de  avec une bourse d’excellence. Ce retard en hébreu ne m’a pas porté préjudice, bien au contraire ; il a été une source de motivation supplémentaire.

Ceci étant dit, la contrepartie est que je ne suis pas passée pour la plus sympathique des personnes à l’oulpan. J’arrivais le matin, je repartais après les cours à Tel Aviv, focalisée sur mon objectif…

J’avais la pression : quand j’ai annoncé que j’allais faire mon alyah, on m’a traité de folle. On me disait souvent « tu quittes le pays de Molière pour faire du théâtre dans un désert ». Je leur ai répondu : « vous verrez que c’est la bas, en Israël, que ça va se passer, que le monde entier s’intéressera à la vie culturelle israélienne ».

  1. Ton Alyah, aussi désopilante que ton spectacle ?

Ton alyah est désopilante si tu as envie qu’elle le soit. Elle devient catastrophique si tu as envie qu’elle le soit. Avoir le sourire, prendre les choses avec humour, m’a permis de bien réagir à certaines situations et de faire de mon alyah une expérience positive.

C’est l’alyah qui m’a donné l’imagination et les couleurs pour le spectacle. Je me suis abreuvée aux sources d’inspiration que je trouvais à chaque coin de rue en Israël. Et j’ai réinterprété à ma sauce.

  1. Comment t’es venue l’idée de monter un one woman show sur l’Alyah ?

Pendant les 6 premiers mois, j’étais « focus » sur mes concours d’entrée au conservatoire. Puis la série « Zagoury Impéria » a été un gros cap. Après avoir bossé en hébreu sans relâche pendant 6 ans, je me suis laissée le droit de revenir à la francophonie.

Et au même moment,  un besoin de sorties culturelles commençait à se faire ressentir chez la population francophone israélienne.

J’avais envie de nous réunir, de nous rassembler autour d’un sujet commun ; et quoi de plus commun pour tous ces immigrés français que l’alyah ?

J’ai écrit le spectacle seule .Et j’ai eu la chance de me faire relire et corriger par Jonathan Demayo qui est auteur et comédien français

Après le travail de mise en scène, c’était parti pour la première, d’inch’Alyah il y a 4 ans déjà

  1. Comment devient-on une actrice israélienne à part entière et pas la petite française de service ?

On reste cantonné dans le rôle de la petite française de service mais on choisit d’en rire ou d’en pleurer. Dans ce métier, cette diversité on la prend comme une richesse. Il ne faut pas oublier qu’elle permet de vivre de sa passion.

On peut dire « Grâce à cet accent », ou « à cause de cet accent » … tout est une question d’angle dans ce pays. Transformer les défauts en qualités : c’est une des plus grandes leçons apprises en Israël.

  1. Actrice en Israël ou en France, quelles différences ?

Je ne peux pas vraiment dire que j’ai été actrice en France. J’y ai surtout poursuivi mes études.  J’ai joué dans des  productions françaises en Israël.

Ce que j’ai constaté en revanche, c’est que les Israéliens travaillent plus vite avec moins d’argent.

Leur crédo : savoir-faire beaucoup avec peu de moyens. Ne surtout laisser aucun obstacle laisser entraver la poursuite d’un projet artistique, et surtout pas des questions de budget. Ce sont les pros du système D.

  1. Tu organises également des séances de coaching, de team building. Quel rapport avec le métier de comédien en Israël ?

J’ai effectivement ajouté à mon arc la corde de la formation à la prise de parole en public

A la base, j’ai formé des comédiens et les ai préparés pour être percutants face à la caméra en quelques secondes.

Aujourd’hui on cherche tous à prendre la parole, plus encore, à l’ère des réseaux sociaux. On est tous en représentation permanente. Et  si on n’a pas suivi de formation, on est hors-jeu. J’ai donc commencé à proposer cette formation à d’autres professions

Par exemple à  400 médecins pour prendre la parole dans des congrès. Puis le cercle s’est élargi aux étudiants d’école de commerces pour améliorer leur force de vente, aux éducateurs pour rassurer ou convaincre jeunes et parents

Tous peuvent faire l’usage de l’outil « prise de parole en public »

Plus qu’une question de performances, de ventes, de résultats, il s’agit de ce que l’on exprime en tant que personnalité au sein d’une équipe.

Cet aspect joue énormément sur l’évolution de la carrière. Au-delà des compétences intrinsèques, il est primordial de savoir se positionner. Ces règles du jeu, ne sont pas si nouvelles que ça : Molière déjà dénonçait les tartuffes qui  savaient habilement se mettre en avant, sans avoir de compétences !

  1. Un mot sur ton nouveau spectacle : de quoi va-t-il parler ?

Le 7 Novembre, je rejoue Inch’Alyah en Israël – après une longue tournée en Europe – à l’occasion des 3 ans du spectacle

Actuellement, je suis en pleine préparation du 2e spectacle pour Janvier 2018

Ce n’est pas la suite d’Inch’Alyah. Je ne focaliserai pas sur Israël. Plutôt sur les grandes étapes de la vie revues et corrigées par mon œil espiègle.

  1. Qu’est ce qui t’a aidé à réussir ton intégration en Israël ?

Ce qui m’a aidé à réussir, c’est quelque chose qu’on oublie souvent : Israël tout simplement.

C’est un pays qui donne un panier d’intégration, un Merkaz Klita (centre d’intégration) … Israël manifeste l’envie d’aider les nouveaux immigrants, nous accueille avec ce cadeau qui aide à poser les jalons de notre intégration. C’est clairement l’état d’Israël qui m’a aidé à réussir en Israël

2e facteur de réussite : voir les événements de l’alyah, des premiers pas en Israël sous un angle positif voire sous l’angle de l’humour. Ce qui est fabuleux c’est que le spectacle permet de rire ensemble de certaines situations. Et on se rend soudain compte qu’on n’est pas seul dans le bateau

  1. Les 2 conseils de Judith Mergui à tous ceux qui hésitent à faire l’Alyah ?

1er conseil : Bien se préparer à l’Alyah

Commencer un oulpan en France, s’intéresser, prendre des contacts en Israël. Etre actif et proactif dans la démarche ; ne pas tout attendre de l’agence juive !

Ne pas trop idéaliser les choses : l’Alyah est une aventure avec ses bons et ses mauvais cotés. Si l’idéal est trop élevé, comme pour le personnage de mon spectacle, on risque de tomber de haut

2e conseil : N’écouter le conseil de personne. L’Alyah est une décision personnelle que chacun doit ressentir au fond de lui-même avant toute chose

Conseil Bonus : Venir voir Inch’Alyah 😉

Conseil Bonus 2 : Lire le petit lexique ci joint

Informations et réservations : facebook.com/inchalyah/ 

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