Editos Les Communautés juives et l’Alyah

Toulouse 2012 – David Sabbah, jeune journaliste juif envoyé couvrir le drame, se souvient

écrit par al
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Comme si c’était hier.

19 mars 2012. Il est 8h00 du matin lorsque je me rend au cinéma pour une projection dans le cadre de mon travail de journaliste radio pour Radio Judaica Strasbourg. Commencer sa journée par une petite séance ciné, ça fait pas de mal!

Je me gare et regarde mon portable. 12 appels en absences. La radio et mon boss. Un SMS aussi: « fusillade dans une école juive à Toulouse, des morts. Retourne à la radio prendre l’antenne ».

De retour à la radio, on interrompt la musique, on fait des recherches pour en savoir plus sur ce qui vient de se produire et on brode avec les éléments qu’on a récoltés. Toujours très peu d’informations.

9h15. Mon boss m’appelle alors:  » David dans 10mn je suis devant les studios, prend tout le matos que tu peux, appareil photo, enregistreurs, micros etc tu pars à Toulouse, ton avion part dans 40mn ».

De Strasbourg à Toulouse en passant par Paris

Peu equipé, pas d’experiences particulieres dans le journalisme de terrain ou dans la gestion de situation catastrophe, et ému comme toute le monde en tant que juif, il était difficile de concevoir faire des correspondances dans ces conditions à Toulouse.

Pas trop le choix. Pas le temps de réflechir. En un temps record, on arrive à l’aéroport de Strasbourg. Changement de ligne à Paris.

Je garde ma kippa sur la tête.

Ils annoncent que l’avion au départ de Toulouse aura une plus grande capacité d’accueil de passagers en raison des circonstances. Et là tout le gratin politique et mediatique s’y trouve. François Hollande est là. Il n’est pas encore président mais en pleine campagne et doit s’exprimer sur les lieux du drame.

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Dans l’avion pour Toulouse, entouré de journalistes

Assis dans l’avion, je réalise enfin ce qui vient de se produire. On vient de tuer des enfants juifs dans une école en France en 2012.

Difficile de retenir ses larmes. Une journaliste de itélé assise à côté de moi me lance avec compassion:
– tu pleures à cause de l’attentat?
(J’avais envie de lui répondre: » nan j’épluche un oignon connasse »)
– oui
– meme si tu viens de Strasbourg tu es si proche?
Grosse claque. Prise de conscience que dans sa chair, on ressent alors dans ces moments-là que l’âme du peuple juif est Une. Sinon comment expliquer cette sensation d’avoir été meurtri même à des centaines de km?

On arrive sur les lieux. Périmètre de sécurité et contrôle d’identité oblig’.

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La police me demande ma carte de presse. Je ne l’ai pas, elle est en traitement. Refus de laisser-passer. J’appelle le nouveau rabbin de Toulouse qui vient de Strasbourg et qui venait de prendre ses fonctions là-bas. Il me dit: » je peux te rappeler? Là on fait la reconnaissance des corps ». Ah chouette. Oups la boulette.

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Finalement, les flics me laissent passer. Le calme plâne dans le quartier. Je vois des enfants et leurs parents se diriger très calmement vers l’école Ozar Hatorah où une cellule de crise a été mise en place.

Arrivée à l’école Otzar HaTorah de Toulouse

On attend les déclarations de différents responsables et dirigeants. On prend connaissance des lieux. Devant l’école, on peut distinguer clairement les impacts de balle sur la façade. Je rentre dans la cour principale. Je m’arrête. Un frisson glacial parcours mon corps. En regardant le sol, je me rend compte qu’il y a un marquage et des traces fraichement nettoyées.

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À l’endroit où je me tiens a été abattu quelques heures plus tôt une petite fille. À bout portant. On apprendra que le terroriste l’a coursée, l’a attrapé par les cheveux, a tiré une fois. L’arme s’est enraillée. Il sortira une 2e arme et lui collera une balle dans la tempe. Une volonté et une determination indicibles de mettre fin aux jours d’un enfant juif, d’un ange. Juste avant c’est un père et ses 2 enfants qui ont quitté ce monde, victimes de cette barbarie islamiste et antisémite.

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Le travail de requin des médias

Mes pensées s’envolent au moment où des journalistes se dirigent vers moi, distinguant une kippa sur ma tête et pensant que je suis un témoin de l’horreur. Erreur. On fait le même boulot.

J’observe le travail de requins des medias. À l’affût de la moindre image, du moindre témoignage qui pourrait être « vendeur ». La journée passe, avec son lot de déclarations, de photos, de récoltes de temoignages, de correspondances radio. Bref fallait bosser et mettre de côté ses émotions.

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Lessivé, je sors du perimètre de sécurité. J’enlève ma kippa pour la premiere fois et retourne le soir à Strasbourg.

Une des causes de mon départ en Israël

5 ans plus tard. Je peux dire que cet attentat et cette journée ont certainement « contribué » à mon départ en Israël. Ou en tout cas boulerversé une part de mon identité.

5 ans plus tard, François Hollande finit son mandat et on est de nouveau en pleine campagne présidentielle.

Depuis, et pour ne parler que des juifs, il y a eu hypercasher, la recrudecence des actes antisemites, les declarations dangereuses de Soral ou Dieudonné, la parole libérée anti juive et antisioniste sur les réseaux sociaux.

Lutter contre l’antisémitisme ET l’antisionisme !

Le spectre de l’antisémitisme a ressurgi et cherche à nous pourrir de l’intérieur. Les réseaux sociaux s’emballent rapidement et les messages antisémites foisonnent à chaque seconde. Pour principaux responsables je crois bien que ce sont les médias qui entretiennent cette haine gratuite et profonde du juif (et il n’y a aucun amalgame entre Israël et les juifs. Les 2 sont intimement liés. Nos ennemis nous le rappellent).

Pour vous rafraichir la memoire, le terroriste de Toulouse avait expliqué son acte par  » la vengeance des enfants palestiniens tués à Gaza ». Pareil pour hypercasher.

Qui véhicule ces mensonges? Les médias. CQFD. Logique accablante.

Et là sera la fin de mon propos.

Avant que d’autres vies soient sacrifiées, il faut apprendre les leçons de l’Histoire et agir en conséquence.
Se poser les questions: à quel moment de notre Histoire sommes-nous? Pas l’histoire des autres. La nôtre, celle d’un peuple tri millénaire. Et surtout où se déroule-t’elle? Va t’on se battre encore vainement pour justifier son droit d’exister ou est-il temps de vivre pleinement en harmonie avec son identité?

À chacun d’y trouver la réponse. Mais pas trop tard

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Pensée aujourd’hui pour Jonathan, Arieh et Gabriel Sandler ainsi qu’à Myriam Monsonego.
יהיו זכרם ברוך

David Sabbah

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